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Mémoire

La courbe de l'oubli d'Ebbinghaus

La courbe de l'oubli, établie par Hermann Ebbinghaus en 1885, montre que l'on oublie très vite dans les heures qui suivent l'apprentissage, puis de plus en plus lentement. Chaque révision faite au bon moment ralentit l'oubli suivant : c'est la base de la répétition espacée. Voici ce que l'expérience a vraiment mesuré, et ce qu'on peut en tirer pour tes cours.

Par L'équipe Méthode des J Mis à jour le 7 min de lecture

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Ce que montre la courbe

La courbe de l'oubli représente la part d'un apprentissage qu'on conserve en fonction du temps écoulé, quand on ne le révise pas. Sa forme est toujours la même : une chute brutale dans les premières heures, puis une pente de plus en plus douce. Ce qui survit à la première semaine a tendance à rester.

On la doit à Hermann Ebbinghaus, un psychologue allemand qui a publié en 1885 Über das Gedächtnis (« Sur la mémoire »). C'était l'une des toutes premières tentatives de mesurer la mémoire de façon expérimentale, avec des chiffres, à une époque où le sujet relevait surtout de la philosophie.

Pour un étudiant, la leçon tient en une phrase : le moment où tu perds le plus, c'est juste après le cours. Pas la veille de l'examen, pas au bout d'un mois. C'est pour ça que la première révision, le lendemain, compte autant.

L’expérience d’Ebbinghaus

Ebbinghaus a été son propre et unique cobaye : il apprenait par cœur des listes de syllabes sans signification, puis mesurait combien de temps il lui fallait pour les réapprendre après un délai variable. Des combinaisons comme « DAX », « BUP » ou « ZOL », choisies justement parce qu'elles ne veulent rien dire.

Pourquoi des syllabes absurdes ? Pour éviter que le sens, les souvenirs ou les associations personnelles faussent la mesure. Un mot comme « maison » s'accroche à mille choses ; « ZOL » ne s'accroche à rien. Il voulait observer la mémoire « à nu ».

Son astuce de mesure est restée célèbre : l'économie au réapprentissage (en allemand Ersparnis, en anglais savings). Plutôt que de demander « de quoi te souviens-tu ? », il comparait deux durées :

  • le temps nécessaire pour apprendre une liste la première fois, jusqu'à pouvoir la réciter sans erreur ;
  • le temps nécessaire pour la réapprendre au même niveau, après 20 minutes, une heure, un jour, une semaine ou un mois.

Si la deuxième fois prend deux fois moins de temps, l'économie est de 50 %. Cette mesure a un intérêt : elle détecte des traces de mémoire même quand on a l'impression d'avoir tout oublié. Tu ne te souviens plus d'une liste, mais tu la réapprends plus vite que la première fois. Quelque chose est resté.

Le résultat a été reproduit bien plus tard. En 2015, Jaap Murre et Joeri Dros ont refait l'expérience en suivant de près le protocole d'origine, et publié dans PLOS ONE une courbe très proche de celle de 1885. La forme générale de l'oubli n'est donc pas une curiosité du XIXe siècle.

Les vrais chiffres, et le mythe des 70 %

Les valeurs classiques d'Ebbinghaus sont des pourcentages d'économie au réapprentissage de syllabes sans sens, pas des pourcentages de cours retenus. Voici les ordres de grandeur qu'on cite le plus souvent :

Délai depuis l'apprentissageÉconomie au réapprentissage (environ)Ce que ça veut dire
20 minutes58 %Réapprendre prend un peu moins de la moitié du temps initial
1 heure44 %Plus de la moitié de l'effort est déjà à refaire
1 jour34 %Environ deux tiers du temps initial nécessaire
6 jours25 %La chute a beaucoup ralenti
31 jours21 %Presque stable depuis la première semaine

Regarde l'écart entre le premier jour et le premier mois : on passe de 34 % à 21 %, alors qu'entre 20 minutes et un jour, on était passé de 58 % à 34 %. L'essentiel de la perte se joue dans les premières 24 heures.

C'est de là que vient la phrase qu'on lit partout : « on oublie 70 % de ses cours en 24 heures ». Elle mélange trois choses. D'abord, 34 % d'économie ne veut pas dire 66 % d'oubli au sens courant : c'est une mesure du temps de réapprentissage. Ensuite, les listes d'Ebbinghaus n'avaient aucun sens, ce qui est le pire cas possible pour la mémoire. Enfin, un cours qu'on a compris, avec un fil logique, des exemples et des liens vers ce qu'on sait déjà, ne se comporte pas comme une liste de « ZOL » et de « BUP ».

Ce que dit la recherche

Ebbinghaus l'avait lui-même remarqué : des strophes de poème s'apprenaient beaucoup plus vite que des listes de syllabes de même longueur. Le sens et la structure aident la mémoire. Ce qui reste vrai pour tes cours, c'est la forme de la courbe (rapide au début, lente ensuite), pas les pourcentages précis. Méfie-toi de tout chiffre présenté comme « la » proportion de cours oubliée en un jour : aucune étude sérieuse ne donne une valeur unique valable pour tout le monde et toutes les matières.

Ce qui fait oublier plus ou moins vite

La pente de ta courbe personnelle dépend surtout de la façon dont tu as appris, du sens que tu as donné au contenu et du nombre de fois où tu l'as déjà rappelé. Quelques facteurs font une vraie différence :

  • La compréhension. Un mécanisme dont tu as saisi la logique se reconstruit même si un détail t'échappe. Une liste apprise sans comprendre tombe d'un bloc.
  • Les liens. Rattacher une notion nouvelle à quelque chose que tu connais déjà (un exemple, un cas clinique, un arrêt vu en TD) lui donne des points d'accroche.
  • L'effort de rappel. Se tester (feuille blanche, QCM, flashcards) renforce bien plus le souvenir que relire. C'est l'effet de test, décrit notamment par Roediger et Karpicke en 2006.
  • Le sommeil. Il joue un rôle reconnu dans la consolidation des apprentissages de la journée. Sacrifier ses nuits pour réviser plus longtemps est souvent un mauvais calcul.
  • Le nombre de révisions déjà faites. C'est le facteur sur lequel tu as le plus de prise, et l'objet de la section suivante.

À l'inverse, certaines choses accélèrent l'oubli : apprendre beaucoup de notions très proches à la suite (elles se mélangent), réviser fatigué et distrait, ou ne jamais revenir sur un cours après l'avoir « fait ». Le guide se concentrer pour réviser aborde le problème de la distraction pendant les séances.

Aplatir la courbe avec des révisions

Chaque révision active fait remonter le souvenir, puis l'oubli qui suit est plus lent que le précédent. Au bout de quatre ou cinq passages bien espacés, la courbe devient presque plate : le cours est installé pour des mois.

C'est ce que montre le schéma en haut de page. Il est volontairement simplifié (aucune courbe réelle n'est aussi régulière), mais il illustre deux idées importantes :

  1. Plus la courbe est raide, plus il faut réviser tôt. D'où le J1 : revoir le cours le lendemain rattrape ce qui allait partir le plus vite.
  2. Plus la courbe s'aplatit, plus on peut attendre. D'où les écarts croissants : J3, J7, J14, J30. Revoir un cours bien installé tous les deux jours serait du temps perdu.

Il y a une subtilité qui surprend souvent : il vaut mieux revoir un cours quand il a commencé à s'effacer que quand il est encore parfaitement en tête. L'effort de rappel est plus important, et c'est cet effort qui consolide. Les études sur l'effet d'espacement, synthétisées par Cepeda et ses collègues en 2006, vont toutes dans ce sens. Un peu d'oubli entre deux passages n'est pas un raté, c'est le carburant de la méthode.

StratégieSur le momentUn mois après
Tout relire la veilleSentiment de maîtrise, bon pour un contrôle le lendemainIl faut quasiment tout réapprendre
Relire souvent, sans se testerRassurant, mais beaucoup de temps passéMieux, mais souvenirs fragiles et imprécis
Révisions espacées et activesPlus inconfortable : on bute, on se trompeCours en grande partie disponible, révision rapide

Pour aller plus loin sur le choix des intervalles, le guide sur la répétition espacée détaille comment les adapter à la date de ton examen.

Un planning anti-oubli en pratique

Pour transformer la courbe de l'oubli en planning, il suffit de fixer, dès le jour du cours, les dates où tu le reverras, puis de t'y tenir. C'est exactement ce que fait la méthode des J.

Un exemple concret : un cours d'anatomie du cœur vu un mardi. Le soir même (J0), vingt minutes de relecture active pour repérer le plan et ce qui coince. Mercredi (J1), tu fais ta fiche et tu redessines le schéma de mémoire. Vendredi (J3), feuille blanche puis correction. Le mardi suivant (J7), QCM. Puis deux semaines plus tard, puis un mois. Les dernières séances durent un quart d'heure. Le jour du partiel, ce cours-là ne te demande presque rien.

Ce qui coince, en vrai, ce n'est pas un cours : c'est d'en gérer trente en parallèle. Au bout de quelques semaines, chaque journée mélange des J1, des J7 et des J30 de cours différents. Le guide du planning méthode des J montre à quoi ressemble cette charge et comment l'absorber.

Dans Méthode des J

Ajoute ton cours avec sa date (J0), choisis un rythme ou crée le tien : les révisions apparaissent dans ta liste du jour et ton calendrier, synchronisables avec Google ou Apple Agenda. Pendant la séance, lance un compte à rebours ou un Pomodoro ; chaque révision faite te rapporte des bons points et entretient ta série.

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Et si tu as du mal à tenir la concentration pendant ces séances, le minuteur Pomodoro en ligne (25 minutes de travail, 5 de pause) est gratuit et ne demande aucun compte.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la courbe de l’oubli ?

C’est une courbe qui décrit la vitesse à laquelle on oublie ce qu’on a appris quand on ne le revoit pas. Elle a été établie par le psychologue allemand Hermann Ebbinghaus en 1885 : l’oubli est très rapide dans les premières heures, puis ralentit nettement les jours suivants.

Est-ce vrai qu’on oublie 70 % d’un cours en 24 heures ?

Non, c’est une déformation des résultats d’Ebbinghaus. Ses chiffres portent sur des syllabes sans aucun sens et mesurent le temps économisé pour réapprendre, pas le pourcentage oublié. Un cours compris, relié à ce que tu sais déjà, s’oublie bien plus lentement, même si l’oubli reste réel sans révision.

Comment lutter contre la courbe de l’oubli ?

En revoyant tes cours à intervalles croissants (le lendemain, quelques jours après, une semaine, deux semaines, un mois) et en te testant à chaque passage plutôt qu’en relisant. Chaque révision réussie ralentit l’oubli suivant. C’est le principe de la répétition espacée et de la méthode des J.

Les chiffres d’Ebbinghaus ont-ils été confirmés ?

Oui, dans leur forme générale. En 2015, Jaap Murre et Joeri Dros ont refait l’expérience en suivant de près le protocole d’origine et ont obtenu une courbe très proche de celle de 1885. La forme (chute rapide puis ralentissement) est solide ; les valeurs précises dépendent du matériel appris.

Quand faut-il réviser pour ne pas oublier ?

Un rythme courant est J1, J3, J7, J14 puis J30 après la découverte du cours. Le premier rappel le lendemain est le plus important, car c’est là que l’oubli est le plus rapide. Le simulateur calcule ces dates à partir de la date de ton cours.

Sources

  1. Ebbinghaus, H. (1885). Über das Gedächtnis. Untersuchungen zur experimentellen Psychologie. Leipzig : Duncker & Humblot.
  2. Murre, J. M. J. & Dros, J. (2015). Replication and analysis of Ebbinghaus' forgetting curve. PLOS ONE, 10(7), e0120644.
  3. Cepeda, N. J., Pashler, H., Vul, E., Wixted, J. T. & Rohrer, D. (2006). Distributed practice in verbal recall tasks: A review and quantitative synthesis. Psychological Bulletin, 132(3), 354-380.
  4. Roediger, H. L. & Karpicke, J. D. (2006). Test-enhanced learning: Taking memory tests improves long-term retention. Psychological Science, 17(3), 249-255.

Écrit par L'équipe Méthode des J

Méthode des J est un outil gratuit né d'une demande d'une étudiante en première année de médecine, qui voulait que ses révisions J+ se planifient toutes seules. Nos guides s'appuient sur la recherche en sciences cognitives et sur les retours des étudiants qui utilisent le site. En savoir plus

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